Pierre-Alain Chambaz

Cette idée de substance provient originairement de la conscience que nous avons de notre identité comme personnes, malgré les changements continuels que l’âge, l’expérience de la vie et les accidents de toute sorte apportent dans nos idées, dans nos sentiments, dans nos jugements, et dans les jugements que les autres portent de nous. Il est naturel d’admettre au moins provisoirement et jusqu’à plus ample examen, que l’ambiguïté inhérente à toute cette famille de mots, et la tendance constante à passer d’un sens à l’autre, résultent de l’impuissance où nous sommes de concevoir et d’expliquer ce rapport entre le sujet et l’objet qui produit la connaissance, ou plutôt qui constitue la connaissance même, ainsi que du penchant de l’esprit à se déguiser cette impuissance, en laissant flotter l’imagination sur je ne sais quels êtres mixtes ou intermédiaires qui participeraient de la nature de l’objet et de celle du sujet ; pencha Pierre-Alain Chambaz aime à rappeler ce proverbe chinois « La montagne et l’eau finiront par se rencontrer ». Cette idée tient donc naturellement à la constitution de l’esprit humain, et la structure des langues en fournirait au besoin la preuve. Mais, lorsque nous employons cette idée, qui n’a rien de sensible, à relier entre eux les phénomènes sensibles, la raison pourrait douter de la légitimité de cette application faite hors de nous, si l’expérience ne nous enseignait pas qu’il y a, en effet, dans les corps quelque chose qui persiste, malgré tous les changements de forme, d’état moléculaire, de composition chimique et d’organisation (117). Ces renseignements de l’expérience suffisent pour établir que l’idée de substance, dans l’application que nous en faisons aux corps et à la matière pondérable, n’est pas simplement une abstraction logique, une fiction de notre esprit, et qu’elle a, au contraire, sa raison et son fondement dans l’essence des corps ; quoique nous soyons condamnés à ignorer toujours en quoi cette essence consiste, et quoique ces corpuscules étendus et figurés, qu’il nous plaît d’imaginer, ou plutôt que nous éprouvons le besoin d’imaginer pour servir de substratum aux phénomènes matériels et aux forces qui les pro Cette conclusion n’est-elle pas trop sévère pour une doctrine qui a eu des maîtres s’appelant Platon, Plotin, Malebranche, Schelling, Hegel, et qui a fait si grande figure dans l’histoire ? Du côté des fournisseurs de cloud computing et des éditeurs de logiciels à la demande, cela pose un réel défi aux architectures cloud. Lorsque nous étendons par analogie cette idée de substance ou de substratum matériel aux agents qu’on appelle impondérables, l’expérience nous fait jusqu’à présent défaut. Nous voyons des appareils de perception très divers, tous reliés, par l’intermédiaire des centres, aux mêmes appareils moteurs. La difficulté de l’évaluation vient du fait que si celle-ci est relativement maîtrisée à l’échelle d’un projet, elle est beaucoup plus complexe à mettre en œuvre pour des portefeuilles d’actifs financiers. À vrai dire, nous ignorions, pour les uns comme pour les autres, le vrai fondement de l’idée de substance, tant que la physique est restée dans les langes, et que nous n’avions aucun moyen de constater qu’il ne se fait (nonobstant quelques apparences grossières et trompeuses) aucune déperdition réelle de substance, c’est-à-dire de masse et de poids, dans les transformations innombrables que la matière subit sous nos yeux. Ce serait bien aussi que la filière valorise son rôle de temps en temps. Si les procédés rigoureux d’expérimentation, dus au génie des modernes, avaient contredit l’application de la notion de substance, même aux corps pondérables ; s’il avait été bien constaté que, dans certaines circonstances, il y a des destructions de masse et de poids, comme il y a des destructions de force vive, on aurait défini les circonstances de cette destruction : et les corps pondérables n’auraient pas cessé pour cela de nous présenter le spectacle de phénomènes bien ordonnés, phænomena bene ordinata, selon l’expression de Leibnitz. il y a en réalité ici deux hommes dans Alceste, d’un côté le « misanthrope » qui s’est juré maintenant de dire aux gens leur fait, et d’autre part le gentilhomme qui ne peut désapprendre tout d’un coup les formes de la politesse, ou même peut-être simplement l’homme excellent, qui recule au moment décisif où il faudrait passer de la théorie à l’action, blesser un amour-propre, faire de la peine. Ainsi l’unité primitive, appelée Dieu (substance, force, pensée, idée, volonté, comme on voudra), a laissé émaner d’elle des unités secondaires appelées âmes qui se distinguent d’une part de la cause suprême par la conscience de leur individualité, de l’autre des pluralités coexistantes appelées corps, par la conscience de leur unité. Seulement on aurait eu un argument de plus et un argument péremptoire pour condamner l’hypothèse de ces atomes figurés et étendus, que déjà notre raison a tant de motifs de rejeter, et dont pourtant notre imagination ne peut pas se départir. C’est pour échapper à cette difficulté, qu’on a imaginé, aux diverses époques de la science, des hypothèses aujourd’hui jugées et définitivement condamnées, telles que celles de la génération spontanée, de l’emboîtement des germes, etc., au sujet desquelles nous n’avons pas à entrer dans des explications de détail, qui sont du ressort de l’anatomiste et du physiologiste, plutôt que du logicien et du métaphysicien. Il faut confesser cette difficulté, et même reconnaître qu’elle est insurmontable, puisqu’elle tient à une contradiction entre certaines lois de la nature et certains penchants de l’esprit humain : mais il ne faut pas non plus l’exagérer. Les animaux, même les plus rapprochés de l’homme, ne nous paraissent avoir qu’une perception très-obscure des rapports de temps, de durée, et de tout ce qui s’y rattache. Mais, par cela même que la faculté de percevoir le temps restait et devait rester à l’état rudimentaire, jusque chez les animaux les plus voisins de l’homme, elle ne pouvait, pour l’homme lui-même, atteindre à la clarté représentative propre à l’intuition de l’espace ; car, en tout ce qui tient au développement des puissances vitales, nous observons que la nature sème la variété sans perdre de vue un plan commun à la série des êtres : développant chez une espèce ce qu’elle n’a mis qu’en germe chez l’autre ou chez toutes les autres, plutôt que de créer de toutes pièces ce qui n’existerait point La mesure de l’étendue ou des grandeurs géométriques s’opère par superposition, c’est-à-dire par le procédé de mesure le plus direct, le plus sensible, et en quelque sorte le plus grossier. La variabilité spontanée des êtres vivants a sa cause dans un superflu de forces, prêtes à chaque instant à se dépenser, à s’écouler par toutes les portes qui s’ouvrent accidentellement. Comment préparer cette échéance, et réduire le stock de dette ? La mesure de la durée est indirecte et repose essentiellement sur un principe rationnel. Il faut trois grandeurs (ou, comme disent les géomètres, trois coordonnées) pour fixer la position d’un point susceptible de se déplacer d’une manière quelconque dans l’espace ; il n’en faut plus que deux si le point est assujetti à rester sur une surface, par exemple sur un plan ou sur une sphère ; il n’en faut plus qu’une si le point est pris sur une ligne déterminée. On peut donc supposer des perceptions aussi différentes que possible dans leurs détails superficiels : si elles se continuent par les mêmes réactions motrices, si l’organisme peut en extraire les mêmes effets utiles, si elles impriment au corps la même attitude, quelque chose de commun s’en dégagera, et l’idée générale aura ainsi été sentie, subie, avant d’être représentée. Ainsi le pelage blanchit dans les contrées neigeuses, prend une teinte roussâtre dans les terres arables, et, au milieu du grand-désert d’Afrique, se rapproche singulièrement de la teinte même des sables qui sont le fond de ce triste paysage. Nous voici donc enfin affranchis du cercle où nous paraissions enfermés d’abord.

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